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19 septembre 2002, Yéo Pélégnan, un ancien vigile de Ouattara, rompt le silence
Le vieux Yéo Pélégnan a encore les fers dans l'avant-bras et sollicite de l'aide pour se les faire retirer.
par : AFRICAVIEW.NET

Le vieux Yéo Pélégnan a encore les fers dans l'avant-bras et sollicite de l'aide pour se les faire retirer.

Ancien vigile membre de la confrérie des chasseurs traditionnels communément appelés ‘’dozo’’, vigile à l’époque à la résidence de Cocody-Blockauss de l’actuel président Alassane Ouattara, alors président du RDR, le vieux Yéo Pélégnan, qui était passé pour mort, ressurgit de l’ombre. Blessé et torturé par des éléments de la Garde républicaine sous l'ère Gbagbo, le vieux Yéo a survécu, contrairement à l'un de ses compagnons d'infortune, Jean Marc Badolo, jardinier de la même résidence, tué lors de ce traitement de choc à la Garde républicaine. Assassinat qui avait en son temps, fait grand bruit. Le vieux Yéo qui vit actuellement dans une précarité existentielle à Abobo ‘’Derrière Rail’’, lance un appel de détresse car les séquelles de ses blessures déteignent sur sa santé. Face à son désarroi, il appelle au secours son ancien patron aujourd'hui président de la République. Entretien.

 

Que savez-vous de cette fameuse attaque de l'ancien domicile du président Ouattara, pendant qu'il était dans l'opposition?

Nous étions 29 ‘’dozos’’ (ndlr : Chasseur traditionnels), et en 2000, lors de l'attaque de la résidence de M. Ouattara, suite au renversement du pouvoir Guéi, la direction du RDR nous a commis de veiller à sa sécurité. Nous étions donc au domicile de M. Ouattara avec des membres de la direction du RDR, lorsque ce jour, aux environs de 10h, pendant que les hommes de Guéi tiraient sur les manifestants, d'autres hommes en armes et des civils proches de l'ancien président Laurent Gbagbo, sont arrivés au domicile de M. Ouattara et ont tenté de forcer le portail. C'est moi qui suis sorti le premier avec un fusil calibre 12, pour tenter de les repousser avec des tirs. Ils se sont repliés à Blockauss.

Ils sont revenus à la charge en lançant cette fois, des grenades lacrymogènes dans la cour. Je me souviens, M. Soro Guillaume (actuel président de l'Assemblée nationale) qui était aussi là, me calmait en disant: «Vieux, calme-toi ça va aller, nous serons bientôt au pouvoir». Nous avons finalement décidé de faire évacuer la cour en faisant sortir toutes les personnes présentes, dont MM Ally Coulibaly, Gbon Coulibaly et d'autres cadres du RDR. Nous avons auparavant, aidé d'abord notre patron M. Ouattara à avoir accès au domicile de l'ambassadeur d'Allemagne d'alors. Nous sommes finalement restés des anciens militaires et nous les dozos, pour surveiller la résidence du patron.

Et comment tout cela s'est terminé ?

Nous avons mené une opposition farouche aux hommes qui ont mené l'assaut. Et les combats ont duré jusqu'à 15h. Vers la fin, je suis sorti les mains vides face aux deux chars qui étaient stationnés non loin de la résidence. Les militaires, qui les occupaient, et dont les tirs ne m'atteignaient pas, ont eu peur et ont fui, abandonnant les chars. Après cette folle journée, le protocole de M. Ouattara est venu nous dire de rentrer chez nous. Nous lui avons signifié que nous ne le pouvions pas car nous étions sans emploi. Mais peu après, le président Gbagbo qui venait de s'installer au pouvoir après la chute du Gal Guéi, a envoyé d'autres militaires surveiller la résidence ; ce qui nous a contraints à rentrer chez nous.

En 2004, soit deux ans après le fameux 19 septembre 2002 (début de la rébellion armée), la direction du RDR, m'a encore fait appel pour garder la résidence de M. Ouattara qui avait auparavant été incendiée. Nous étions quatre (04) personnes à garder les décombres de la résidence : trois vigiles dozos (Falikou, Coulibaly Zana et moi) et un jardinier, Jean-Marc Badolo. Un samedi, jour anniversaire du RDR je crois, nous étions devant la résidence lorsque des gardes de la résidence présidentielle de Gbagbo, non loin de là, sont arrivés avec un vieillard qui disait avoir rendez-vous avec M. Ouattara pour venir chercher de l'argent en vue de se soigner. Les militaires nous ont demandé si nous reconnaissions le vieux en question. Évidemment non !

Mais contre toute attente, les militaires nous ont demandé de les suivre à leur poste de garde, non sans nous avoir mis torses nus. Le vieux, quant à lui, a été conduit à une brigade de gendarmerie, semble-t-il. De la résidence présidentielle de Gbagbo, les militaires nous ont envoyés à la Garde républicaine d'Abidjan-Treichville où nous avons été battus, torturés sous prétexte que nous détiendrions des informations sur soit la présence de M. Ouattara à Abidjan puisqu'il était en exil en France, soit sur son arrivée imminente. N'oubliez-pas que nous étions en ce moment en pleine crise consécutive à la rébellion armée. Tout était donc suspect pour les militaires. Nous avons, par la suite, tenté de nous échapper en prenant la clôture du côté de la lagune. Et le jardinier ne sachant pas nager, se débattait dans l'eau quand nos bourreaux l'ont achevé avec des morceaux de bois. Moi j'ai pu sortir du côté du pont De Gaulle, par la berge du palais de la culture.

J'ai une fois encore été rattrapé par des vigiles et ramené à la Garde républicaine. Nous avons, nous les trois autres, eu la vie sauve grâce à un certain Soro Mamadou, l'un des gradés des lieux qui a demandé aux gardes d'arrêter de nous maltraiter car nous étions ‘’ses parents du Nord’’. Il a, par la suite, demandé aux gardes de nous ramener à Abobo, notre lieu de résidence, mais pas à nos domiciles, pour ne pas que les mêmes militaires retournent un autre jour nous achever. C'est ainsi que ces derniers nous ont jetés aux environs de 19h, dans la forêt du Banco, côté Abobo, où nous avons traîné pour nous retrouver à un carrefour. Nous avons retrouvé difficilement nos domiciles. Je suis arrivé cahin-caha chez moi et à ma vue, toute la famille s'est mise à pleurer puisqu’on me croyait mort. Je suis tombé évanoui.

Grâce à des pierres chauffées sur de la braise et plongées dans de l'eau chaude, on a pu faire passer l'hémorragie interne. Cela, après m'avoir fait boire cette eau chaude. Il faut le souligner, j'ai vomi assez de sang coagulé consécutif à la bastonnade. Ce n'est qu'après cela que j'ai pu boire de l'eau. J'ai été nourri comme un bébé, je ne pouvais pas me mouvoir. Je remerciais seulement Dieu de m'avoir épargné de mourir dans la rue comme une bête et d'être rentré chez moi. Je le répétais d'ailleurs sans cesse à ma femme et à mes enfants. Ces derniers me consolaient chaque fois. (Pris d'émotion sous le poids des souvenirs, il fond en larmes pendant deux minutes. Ses enfants tentent de le consoler, nous également).

Que s'est-il passé par la suite ?

J'ai par la suite été traité par des membres du RDR qui sont venus nous prendre en charge, mes amis blessés et moi, pour les premiers soins. Après, j'ai été traité dans une clinique à Koumassi, où j'ai été opéré de l'avant-bras. (Il nous montre un certificat médical). J'étais aussi blessé dans le dos, à la région lombaire. Mais après, plus personne n'est venu me rendre visite. Les membres du parti qui nous surveillaient, disaient être interdits de nous rendre visite sous peine d'être eux-mêmes tués parce que des militaires les auraient menacés. Donc, j'étais abandonné et livré à moi-même. C'est grâce au petit commerce de ma femme que nous subsistions en pleine période de jeûne du ramadan.

Nous avons appris par la presse que Badolo, le jardinier, était effectivement mort. Heureusement pour moi, grâce à M. Sindou Coulibaly (cadre du RDR) qui venait me rendre visite un jour, nous avons joint par téléphone Mme Sita Ouattara (la sœur du président Ouattara). Celle-ci a payé mes soins additifs. Je tiens à l'en remercier. Elle a aussi pris en charge les soins de mes deux collègues blessés. Elle nous avait, d'ailleurs, pendant la fête de la Tabaski, invités chez elle aux II-plateaux, où nous avons partagé un repas ainsi que le mouton de la fête. A notre départ de chez elle, elle nous a remis une enveloppe de 50.000f chacun. Même la femme du jardinier décédé, était aussi présente et elle a également reçu la même enveloppe.

Mais depuis, on m'empêche de voir mon patron. J'ai essayé en vain de joindre sa sœur, tout comme mon patron lui-même (Il nous montre une vingtaine de courriers non acheminés.) Ma grande douleur aujourd’hui, c'est que je porte actuellement des fers qui normalement devraient être extraits depuis belle lurette. Ce n'est pas encore le cas et j'en souffre. Pourtant, après nos soins, le président Ouattara a laissé des consignes pour que nous les trois blessés, nous recevions toujours nos salaires en tant qu'invalides. Mais depuis, rien n'a été fait. On m'a même utilisé par la suite, malgré ma situation d'invalide, pour garder une autre personnalité du RDR à la Riviera. Là-bas, je n'étais pas bien traité, avec à la clé 4 mois d'arriérés de salaires. Mais, bon, c'est la vie. Je faisais tout cela par fidélité à mon patron.

Mais pourquoi dites-vous qu'on vous empêche de voir le président Ouattara ?

Je ne suis pas en train de vous mentir ni de dire cela pour me faire voir. Je me rappelle, aux obsèques de la mère du président Ouattara, je m'étais rendu aux II plateaux pour lui apporter moi aussi mon soutien, mon ‘’yako’’ comme on le dit. Surtout qu'il est mon patron et le demeurera à vie. Je suis prêt à le servir. J'avais donc la somme de 5000f comme participation aux obsèques. J'ai dû supplier le président des jeunes du RDR, Karamoko Yayoro, pour avoir accès à mon patron. Quand ce dernier m'a vu, il m'a dit combien il était content de me savoir en vie et il a promis de me recevoir après les obsèques pour voir comment me soigner. Mais, comme je l'ai dit, je ne pouvais plus avoir accès à lui car son entourage m'en empêchait. C'est encore compliqué aujourd'hui qu'il est président de la République. Les gens ont même raconté que j'étais mort, surtout que j'ai aussi participé à la guerre en combattant aux côtés de mes parents d'Abobo pendant la crise post-électorale.

Comment vivez-vous aujourd'hui, puisque vous ne travaillez plus ; et surtout, que souhaitez-vous?

Je suis là avec mes 9 enfants. Il y a un qui, après son BEPC, a du trimer avec quelques petits métiers pour pouvoir arriver en classe de Terminale. Mais comment assurer la scolarité ? Un des deux qui avaient un petit contrat à Children of Africa, est lui aussi actuellement à la maison ; il ne travaille plus. Tout comme tous les autres dont on doit s'occuper. Je demande donc au président Ouattara, mon patron, de me venir en aide. D'abord pour mes problèmes de santé et pour la scolarité de mes enfants. Je suis content pour lui aujourd'hui, car mon vœu de voir mon patron devenir président de la République s'est réalisé. C'est pour lui que j'ai accepté de donner ma poitrine pendant ces années de crise. Je peux donc mourir en paix. Mais avant, qu'il m'aide à me soigner, c'est tout ce que je lui demande.

Interview réalisée par Sébastien Kouassi

vieux vigile d'ado

L'Inter

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