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Cameroun : Le droit de fraternité oblige !
par : AFRICAVIEW.NET

 

Au lendemain de la fête de l’unité, le 20 mai dernier, le lecteur et écrivain juridique revient dans cette participation sur les éléments de consolidation de l’intégration nationale pour fermenter l’unité républicaine si chère à notre pays.

Il y a quelques années, lors d’un séjour à Kigali au Rwanda, j’avais dit un mot sur les conséquences regrettables du tribalisme après la visite de l’un des mémoriaux érigés à l’occasion du génocide des Tutsis en 1994. Décrivant le mémorial de Kigali, j’écrivais alors, la plume larmoyante devant cette impensable réalité, qu’il y a à l’intérieur de l’édifice « (d) es vidéos murales tristes et des images de la cruauté humaine à vous faire vomir et renier l’appartenance à la race des HOMMES. À l’étage supérieur, les photos des bébés et des enfants sont exposés avec pour notes de bas de page la description de leur passage de vie à trépas : éventrement, yeux crevés, balles de fusil dans la tête ou la bouche, tendon d’Achille sectionné…Pour certains, on demandait à leurs parents un peu d’argent pour épargner à ces innocents la douleur d’une mort à l’arme blanche en les…fusillant plutôt. Ce tableau s’assombrit davantage avec les spécimens des armes du génocide. Tout y a servi : gourdins, lances, machettes, couteaux, faucilles, bêches, houes, pioches, serpes, haches…Et en guise de bonus, une chaîne cadenassée ayant servi à lier un couple pour l’enterrer ensuite vivant ! ».

Cette authenticité de la situation fait froid au dos, omisso medio. En effet, aucun pays ne souhaiterait vivre une telle catastrophe humanitaire. Catastrophe dont les séquelles sont encore visibles 18 années plus tard !

Au Cameroun, on vient de célébrer les quarante ans de l’État unitaire. Mais au vu des agissements malheureux de ces temps derniers, on pourrait s’interroger, omnes ad unum, à dessein. N’est-il pas temps en effet de s’occuper à consolider notre intégration nationale pour fermenter l’unité nationale au Berceau de nos Ancêtres ? L’actuelle contribution, aussi modeste soit-elle, vise des pistes de solutions allant dans ce sens !

L’éducation et la sensibilisation à l’unité nationale sont le levier qu’il faut soulever pour étouffer le sentiment tribal à toutes les sphères de la nation. Le Cameroun a également eu le mérite de créer l’Agence du service civique national de participation au développement. Mais d’autres voies de rassemblement sont à explorer et sur lesquelles il est loisible de revenir.

Le fonctionnariat circonspect

Certains pensent que la désignation des membres du Gouvernement devrait être faite selon un plan de carrière déterminée, une cooptation réfléchie dans l’espace social qui tient compte d’une représentation conforme à l’équilibre régionale. Surtout, une participation des minorités à la gestion des affaires de la Cité. Par ce biais, il y aurait moins d’aigris, et une atténuation chez les « autres » du sentiment d’être laissés sur le bas-côté de la route. En réalité, chaque citoyen doit se sentir à l’aise partout où il se trouve, quel que soit son lieu d’affectation. Dans une telle hypothèse, on a pu remarquer que la conscience unitaire est plus soutenue chez les enfants des fonctionnaires ayant fait plusieurs Régions dans le cadre de leur service public !  La rencontre, le contact avec les autres, ces pérégrinations constituent une École de la vie, la plus grande pratique de l’unité qu’il faut consolider. Res ipsa loquitur.

Les voies de communication      

Pour consolider l’intégration nationale, dans l’optique d’une fermentation de l’unité nationale, il est nécessaire de renforcer l’installation des voies de communication. Celles-ci servent à réduire les distances et à rapprocher les uns des autres. Dans certaines parties de notre pays malheureusement, on capte plutôt les signaux de télévision et de radio des pays voisins. En conséquence, une tranche non à négligée de la population est coupée des réalités et des informations nationales. L’état des routes est aussi déplorable. Le constat est clair que l’unité des routes est donc absente. D’où la nécessité d’une amélioration des infrastructures de communications. Ceci, pour éviter aux agents des services publics l’idée d’une punition à l’affectation disciplinaire. Dans ces parties reculées et « abandonnées » du pays en effet, l’unité de distance est de 100 km ; ces endroits sont réellement perdus et presque oubliés de la République.

La contribution du politique et la canalisation de la fougue juvénile

Les partis politiques font partie intégrante des acteurs incontournables de la vie de la nation. À travers leurs activités, ils participent à l’éducation des masses et de leurs militants. Leurs leaders respectifs, au vu des expériences malheureuses observées ailleurs, doivent sensibiliser les adhérents à plus de responsabilité. Ils doivent pouvoir inculquer à ceux-ci la notion de débat politique et non de combat politique. Les plateaux de débats télévisés sont en train de devenir des pugilats ! Ce qui est regrettable.  Une sensibilisation à l’idée de civisme, de patientia et au sens de la suprématie de l’État est à convenir.  Un effort doit être fait dans le sens que nos formations politiques ne se constituent pas sur le plan d’une connotation tribale. C’est un danger permanent qui couve ! Et seul l’avenir répondra de nos préoccupations, si l’on n’y prend garde.

Pour ce qui concerne la jeunesse, elle doit incontestablement être occupée pour éviter de sombrer dans l’oisiveté. Devenant ainsi des proies faciles à manipuler par les politiciens sans scrupules : les « apprentis-sorciers ». Lors des troubles, ils sont parfois objets de récupération. La douloureuse période des « villes mortes » de 1991-1992, les émeutes dites de la faim de 2008 en disent long sur notre propos.

L’épineuse question des minorités

Sur le plan local, il est impératif que les allogènes figurent en bonne place dans nos conseils municipaux. Cela ne saurait être un simple exercice de saupoudrage. Mais au contraire une nécessité pour renforcer l’intégration des autres tribus de la nation dans la nation. Cette nécessaire cohésion entre les peuples exige donc la prise en compte des minorités. Surgi alors la question des quotas sur l’échiquier des représentants dans l’exercice du service public. Mais une inquiétude émerge dans cette architecture. Il est en effet préoccupant d’avoir cristallisé dans la Constitution, les notions d’ « allogènes » et d’ « autochtones ». Ces mots nous paraissent « exclusifs » et péjoratifs quand ils sont mis en regard avec la notion d’unité nationale. On pourrait davantage s’interroger à bon droit si avec un vocabulaire aussi curieux, chaque camerounais peut se sentir chez lui partout où il se trouve : indexé qu’il sera d’être « allogène » ou « autochtone !». Et le traitement qui lui sera réservé, compte tenu de son statut en l’état, « allogène » ou « autochtone », en tant que tel. Encore que les anciens l’ont exprimé avec une adresse absolue : « culpa est immiscere se rei ad se non pertinenti » ; entendons dans notre contexte qu’il y a faute pour l’ « allogène » à s’immiscer dans les choses qui ne « le» concernent pas.

La famille : Socle de l’unité nationale

Cela relève d’une lapalissade que la famille est la cellule sociale de base. C’est le lieu par excellence de départ et du formatage de l’individu qui va intégrer le reste de la société plus tard. À ce niveau-là, il faudrait apprendre aux enfants à cultiver l’idée de paix et du vivre ensemble. C’est le moment indiqué d’adopter des attitudes civiques de partage, comme prendre les repas ensemble ou dans le même plat. L’enfant, à partir du bas âge, doit appréhender les incidences de ce que, sorti de son univers familial, il va fondre dans la société où il retrouvera d’autres personnes issues d’horizons divers ; personnes avec lesquelles l’enfant devra cohabiter et vivre ensemble pour le seul intérêt de la nation.

L’unité commence également dans la famille pour ce qui concerne le mariage. Les unions exogamiques doivent être encouragées. Dans certains cas, une lex non scripta voudrait qu’on évacue totalement ou d’office les hypothèses d’union entre tribus différentes. Ce qui est incontestablement une alerte au rouge de la catastrophe. En revanche, un brassage à l’unisson de la diversité anéantit ou amoindrit les risques de déflagrations sociales : des liens de sang s’étant déjà tissés au préalable par la relation du mariage et la naissance des progénitures.

L’atout linguistique

Il a été démontré que quand on se comprend, lorsqu’on parle le même langage, quand on a un véhicule identitaire commun, on ne se fait pas la guerre. Les peuples civilisés ne sauraient se faire la guerre ! C’est ici que notre bilinguisme vient à la rescousse pour déterminer et approfondir les conditions de l’unité nationale. Cette formule nous permet de comprendre qu’on est vraiment ensemble et qu’on est en droit de partager le même destin dans la communauté des intérêts. Pour remplir nos devoirs respectifs toujours ! Sans que, et cela devient malheureusement un refrain identitaire, certains compatriotes usent et abusent de leur réponse déjà toute faite : « We are marginalized ! » Ou « You marginalise us ! ».

Au total, une préoccupation s’impose ! Une version voudrait que la majorité des Directeurs des Affaires Générales (DAG) soient de la même tribu que les membres du Gouvernement à la tête des départements ministériels. Il en est de même de leur Chef de secrétariat particulier. Les fonctionnaires et autres agents de l’État sont systématiquement affectés dans leur Région d’origine. À quelques exceptions près ! La pratique du bilinguisme est encore approximative au Cameroun. Dans les médias, les interviews se font généralement avec les responsables de la même tribu que les interviewers.

Selon une autre opinion, la répartition équitable des fruits de la croissance est toujours sujette à caution. Dans la même strate, la cooptation dans l’espace social se ferait sur une base sectaire. Voire religieuse. Une conférence de presse ministérielle où les journalistes d’expression anglophone n’ont pas droit au chapitre ! Et je pourrais à l’infini me faire l’écho des éléments d’identification qui militent à la régression de l’unité nationale. Entre mutuus consensus etmutuus dissensus, il faut d’urgence se déterminer au bon choix.

Faut-il s’en émouvoir outre mesure ? Jus fraternitatis oblige !

Rhoméo Mbadzama Awono

Lecteur Camerounais

rmbadzama@yahoo.fr

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