Quand on aspire à diriger un pays qui a déjà à sa tête des dirigeants, c’est qu’on estime d’une part, que ces dirigeants n’en sont pas à la hauteur et d’autre part que nous avons un meilleur projet et les compétences requises pour faire mieux que ceux qui sont là. Lorsqu’on y parvient, le peuple n’attendra rien d’autres que les effets palpables et immédiats de tout ce qu’on lui a promis. Sachant très bien que la valeur n’attend pas forcément le nombre des années.
Depuis le décès de Félix Houphouët Boigny, Alassane Ouattara, n’a eu de cesse de lorgner le fauteuil présidentiel. Passons sous silence toutes ses intrigues, mais surtout toutes les promesses qu’il a fait miroiter aux yeux des ivoiriens. Depuis le 11 avril 2011, il est assis dans ce fauteuil et la situation de la Côte d’ivoire est loin d’être le paradis, encore moins le havre de paix tant attendu. Faut-il encore le rappeler ? Il y est arrivé à l’issue d’un bombardement continu de la ville d’Abidjan, notamment de la résidence de son adversaire Laurent Gbagbo et d’une guerre qui a vu la participation des forces de l’Onuci et de la France aux côté d’une armée de rebelles venus du nord.
Pour qu’advienne le régime d’Alassane Ouattara, il aura fallut la guerre. Aujourd’hui, pour qu’il puisse diriger tranquillement ce pays, il a besoin de paix. Seulement, après cette guerre postélectorale, la paix est-elle revenue ? « Peu à peu…, progressivement… » répondent avec beaucoup de gêne les défenseurs de son pouvoir. Certes, il n’y a plus de combats à l’arme lourde, les populations vaquent à leurs occupations. Pour autant, le régime actuel affiche t-il la sérénité nécessaire pour travailler ? Lui qui, chaque jour ne cesse de crier au complot, voyant partout et en tout des tentatives de sa déstabilisation ? D’autre part, entre les menaces d’un pouvoir aux tendances totalitaires, les attaques par presse interposées de la classe politique et souvent au sein de la même famille politique, le nouveau dauphin constitutionnel qui n’a pas renoncé à son secret projet de se hisser au pouvoir, une opposition qui durcit de plus en plus le ton et un processus de réconciliation en pointillé, peut-on, sans détours, affirmer que la quiétude est de mise en Côte d’Ivoire ?
Au plan sécuritaire, la Côte d’Ivoire n’est toujours pas l’une des destinations les plus recommandées par de nombreuses ambassades. Ensuite, à la faveur de la récente élection française, nous avons pu constater comment les nouvelles autorités cachaient mal leurs inquiétudes de voir s’en aller du territoire ivoirien la force française Licorne stationnée en Côte d’Ivoire. Quand à la force de l’Onu en Côte d’Ivoire, sa tâche s’est pratiquement réduite à garder le palais présidentiel et à assurer les arrières du cortège présidentiel.
On le voit, la force française Licorne et l’Onuci semblent être les derniers gages de la sécurité du régime de Ouattara. Car pour les ivoiriens, depuis le 11 avril l’armée ivoirienne n’existe que de nom et le processus de réunification des deux armées FDS (forces de défense et de sécurité) et FN (forces nouvelles) est toujours au point mort. A ce jour, serait prétentieux quiconque pourra nous dire le nombre exact de soldats FDS disparus avec les armes aux premières heures de la crise et qui ont daignés rejoindre leurs casernes à l’appel des nouvelles autorités. On ne remplace pas une armée régulière de professionnels par un groupe de rebelles hétéroclites, dans un Etat en quête de paix. Cela ne fonctionne pas et cela ne peut fonctionner, sinon contribuer à créer d’autres tensions et pousser ces forces à regarder en chien de faïence.
Telle est la situation de la Côte d’Ivoire. Une situation à tout moment explosive, où la paix n’est que l’apparence des choses. Ce concept de paix tant souhaité, bien au-delà de la cessation des bruits des armes, aurait eu pour conséquences un retour spontané de tous les réfugiés ivoiriens, quels qu’ils soient, dans leur pays, la libération sans condition des prisonniers politiques et un dialogue franc et permanent avec l’opposition. « La paix est revenue », s’écrient néanmoins nos nouveaux dirigeants, dès qu’ils se retrouvent devant la presse étrangère. Cela s’entend, car c’est notamment devant cette presse-là, qu’ils peuvent l’affirmer, mais pas en le regardant droit dans les yeux, l’ivoirien qui appréhende au quotidien le re-déclenchement imminent des hostilités.
La paix a un prix
« La paix, ce n’est pas un vain mot, c’est un comportement » cette phrase est de Félix Houphouët Boigny, premier président de la Côte d’Ivoire. Ici, il relève à juste titre que la paix ne saurait être parce qu’on en parle à tout bout de champ dans des discours politiques. La paix a un prix et il nous faut nous en rendre compte. Laurent Gbagbo en a lui-même fait la découverte au point qu’il s’est résolu à engager le dialogue direct avec la rébellion de Soro.
Dans l’accord de Ouaga, initiant le cadre formel de ce dialogue, toutes les concessions faites à la rébellion par le régime d’alors ont été palpables et saluées par le monde entier : Soro nommé premier ministre, les chefs de la rébellion amnistiés, libres de toute circulation à travers le pays, la question des grades discutée, la flamme de la paix fêtée à Bouaké, etc. Jusqu’à ce que, à la faveur de l’élection présidentielle de 2010, les démons de la guerre, ennemis de la Côte d’Ivoire, tapis dans l’ombre, viennent tout perturber. Alors qu’il devrait s’inspirer de l’exemple de son prédécesseur en matière de recherche de la paix, Ouattara quant à lui, ne fait que menacer, emprisonner, punir…
En tout état de cause, parler de paix dans un tel contexte en Côte d’Ivoire, relève de la gageure. Etant donné que dans nos villages et campements les dozos armés continuent de semer la terreur et la désolation et parce que dans une Côte d’Ivoire où l’angoisse est permanente et la peur une constante, la paix telle que chantée et perçue par nos actuels dirigeants, restera vide de sens et demeurera de nul effet. Ouattara souhaite t-il sincèrement la paix ? Eh bien, il sait le comportement qu’il lui reste à adopter. C’est à ce prix là seulement que la paix cessera d’être un vain mot.
Marc Micael
Zemami1er@yahoo.fr
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